Translate

samedi 23 septembre 2017

WPO Dublin 2017 : impair et passe

L'été, il ne se passe traditionnellement pas grand chose, en ce qui concerne mon activité poker. Toutefois, j'ai quand même joué et remporté grâce à mon équipe composée d'un quatuor de choc bâti sur-mesure pour ce type de compétition (Full ring, 6 max, Heads up et Pot limit Omaha), un package d'une valeur de 850 euros via le Club Poker afin d'aller disputer le Winamax Poker Open - ou WPO - de Dublin, qui se déroule justement ce week-end. Il faut dire que mon coéquipier en charge des tournois au format full ring avait moissonné à lui tout seul une bonne partie de nos points, ma petite victoire en Pot limit Omaha ayant au final eu assez peu d'impact. C'est bien tout ce qu'il a de notable à signaler pour cet été 2017, car pour le reste, c'est plutôt la disette que la fête.

Citywest Hotel de Dublin - WPO 2017 ( crédit : Winamax)
Le WPO se targue d'être le tournoi de poker le plus fun de l'année, et c'était une chouette opportunité pour moi que de fouler pour la première fois le sol irlandais. Malheureusement pour moi, mon emploi du temps compliqué ne m'a pas permis de me rendre à Dublin aux dates du tournoi. J'ai néanmoins eu la chance de pouvoir décaler la jouissance de mon lot sur la prochaine épreuve de même acabit organisée par Winamax, à savoir le Winamax Poker Tour à Paris, au printemps prochain.

Quant aux coéquipiers présents sur place à Dublin, ils n'ont pas eu la réussite escomptée et rentreront bredouilles du voyage en terre irlandaise. Partie remise, donc. Le poker constitue un jeu où les opportunités se renouvellent sans cesse. Et c'est tant mieux. La main passe. La passion demeure.

mardi 5 septembre 2017

Vicissitudes du poker chapitre 1 : les moments de solitude

Une élimination lors d'un tournoi important, au poker, c'est comme une petite mort. Une sensation de vide. Un moment de solitude. Inévitablement, on refait les coup-clefs dans sa tête, on ressasse un peu, et un semblant de frustration s'installe sans parvenir à être évacué en totalité. Il faut alors attendre une nuit de sommeil réparatrice ou bien alors le prochain gros gain pour effacer les traces de cette frustration. Car sur le moment, on éprouve bel et bien un fort sentiment de solitude et une humeur taciturne. Rien pour adoucir notre peine du moment. Personne à l'horizon pour nous consoler.

Idéalement, le joueur performant et solide mentalement doit pouvoir rester totalement insensible à ce genre de phénomène afin d'aussitôt rebondir sans altérer le moins du monde son jeu, mais en pratique c'est loin d'être toujours le cas. Y compris chez les meilleurs. Car nos émotions en tant qu'être humains sont bien plus délicates à dompter que le plus fougueux des étalons. On regimbe, on se cabre, et il est parfois difficile d'éviter la chute. Dans de tels moments, on se sent inévitablement seul et piteux.

15% seulement. C'est le nombre de fois où un solide joueur inscrit dans un tournoi parvient à atteindre les places payées. Autant dire que l'on est programmé pour échouer, au poker de tournoi. Echouer, encore et encore. Parfois injustement. Parfois cruellement. C'est la dure loi de ce jeu. Mais ce n'est pas tout : de par l'échelle exponentielle des gains promis aux lauréats, une fois que l'on atteint les places payées, il faut encore se hisser sensiblement tout en haut au classement final pour s'extraire de la zone des clopinettes et générer un gain qui soit réellement valorisant sur le plan lucratif et satisfaisant sur le plan mental. Je le répète à l'envi, seule la première place est réellement belle. Mais elle est chimérique par essence. Les gains conséquents et les joies pures sont donc rares. De ce fait, et face au phénomène induit par la variance, la fréquence à laquelle un joueur parvient à s'extirper de la masse contient une part substantielle d'aléa. On peut tout à fait enchainer les périodes fastes sans réellement les mériter, et vice versa. Ces phases sont on ne peut plus logiques à théoriser à et expliquer, mais relativement difficiles à vivre lorsque l'on essuie une énième élimination en tournoi et que le succès semble nous avoir abandonné sur une trop longue période. Car l'être humain est un monstre de subjectivité : on a tôt fait d'avoir l'impression que la chance est un dû et la déveine une injustice.

En cette année 2017, je ne compte plus les fin de soirée teintées de morosité lorsque - juste avant d'éteindre mon ordinateur - je contemple mes statistiques récoltées froidement par mon logiciel Xeester au cours de la session écoulée et qu'elles m'indiquent très clairement que je suis à marée basse. J'ai désormais pris l'habitude de rédiger un petit tweet résumant en une phrase mon bilan du soir, et force est de constater que les tweets à connotation joyeuse sont réduits à la portion congrue du fait d'une double tendance à laquelle je fais face depuis le début de l'année. Si j'en crois mes statistiques, je joue probablement un peu moins bien ces temps derniers puisque mon EV théorique s'est quelque peu tassé. Peut-être est-ce concomitant à l'augmentation significative de mon volume de jeu en Omaha au détriment du Hold'em ? Difficile pour moi d'y voir clair à ce niveau-là. Je souffre par ailleurs depuis quelques mois d'une déveine bien réelle, matérialisée par un écart sensiblement accru entre mon EV théorique et mon EV réel. Toujours est-il que les fins de soirée tristounettes sont plus présentes que d'accoutumée. Ayant la chance d'avoir un mental particulièrement solide comparé au joueur lambda, j'ai l'impression que tout ceci n'impacte pas la qualité de mon jeu. Aussi, demain je repartirai au combat toujours aussi vaillant, prêt à saisir ma chance qui se dérobe beaucoup trop à mon goût ces temps derniers. Mais pour la première fois depuis mes débuts au poker, mon mental est mis à rude épreuve par la variance, et mes moments de solitude le soir deviennent quelque peu pesants, même si je fais parfaitement le dos rond en attendant retour à meilleure fortune.

J'ai fini par comprendre que le poker est vecteur de solitude lorsque les vents sont contraires et que le cap devient impossible à tenir. Tel un capitaine Cook sur la Bounty devant faire face à la mutinerie de son équipage, il s'agit alors de limiter l'impact de ladite mutinerie afin de ne pas finir noyé - ou pire encore - dans les eaux infestées du requin du pacifique. Bien entendu, ceux qui sont à l'aise financièrement et qui jouent uniquement pour passer le temps ne sont par essence pas impactés par ce sentiment de désertion, mais qu'en est-il pour tous les autres ? Je pense essentiellement à ceux qui n'ont pas la chance d'avoir un esprit suffisamment cartésien et optimiste, et dont le moral se retrouve une énième fois effrité en fin de soirée, lorsque la marche triomphale envisagée au départ s'est muée dans les faits en piteuse débâcle à la suite d'une tantième élimination. Ces gens doivent vraiment finir par être malheureux, le soir, avant d'aller se coucher. J'en viens à me pose la question suivante : le poker ne serait-il pas parfois aussi un jeu de masochistes ?


lundi 28 août 2017

L'exquise saveur des clopinettes

Il a plu sur le désert de l'Atacama, ces dernières semaines. J'avais d'ailleurs déjà évoqué le phénomène il y a quelques temps, prétexte à une savante analogie avec le poker. Sauf que cette fois-ci, c'est encore mieux : non seulement il y a plu alors que ce n'était pas du tout prévu, mais il y a même neigé !!

Théoriquement, le désert de l'Atacama constitue pourtant de l'endroit le plus sec de la planète : il faut dire qu'avec une moyenne annuelle de précipitations inférieure à 1 mm, cette région au nord du Chili semble de prime abord aussi inhospitalière que l'enfer. Ce n'est toutefois pas toujours le cas : il y pleut en moyenne une fois tous les cinq ans, à la faveur de conditions climatiques spéciales favorisant le phénomène que l'on appelle communément La Niña : un brusque réchauffement des courants marins froids du littoral chilien se répercute alors jusque dans les terres en provoquant d'éphémères précipitations. Ces précipitations n'étaient pas du tout prévues en cette année 2017, les dernières pluies dans le désert de l'Atacama remontant à il y deux ans "seulement".

La conséquence de ces pluies soudaines est spectaculaire : le désert le plus sec et aride de la planète est en ce moment-même devenu un véritable désert fleuri, du fait de l'éclosion de millions de bulbes et de spores habituellement en sommeil, ballottés au hasard des vents. C'est par ce moyen-là que les fleurs peuvent se reproduire de façon éphémère, avant de disparaître aussitôt dans l'attente d'un nouveau cycle qui se fera attendre plusieurs années. Ceux qui ont le privilège d'assister au phénomène sont unanimes : cette explosion chaotique de couleurs constitue un spectacle unique à couper le souffle, d'autant plus que la flore ambiante est en grande partie endémique. Malheureusement, si mes pérégrinations de baroudeur m'ont bien conduit à séjourner dans le désert de l'Atacama une semaine entière il y a quelques années de cela, il n'y avait alors pas une once de végétation alentours à contempler (excepté quelques maigres touffes près des rares cours d'eau). Deux timides ruisseaux coulent bien à San Pedro de Atacama (5.000 habitants), seule ville à des lieues à la ronde, mais ils trouvent leur source à plusieurs centaines de kilomètres de là, quelques part dans la Cordillère des Andes. Leur chiche débit ainsi que leur fort taux en arsenic rendent les tentatives d'agriculture presque vaines.

Tout ça pour dire que si l'eau est rarissime dans l'endroit le plus sec de la planète, elle n'en demeure pas moins présente malgré tout, et lorsque les circonstances s'y prêtent, le miracle de la vie peut dès lors opérer, contre toute attente ! La preuve :

explosion de couleurs à nulle autre pareille dans le désert de l'Atacama - août 2017

Je ne suis pas né de la dernière pluie. Quoique... Je l'ai déjà évoqué ici il y a quelques temps : la quinte flush royale constitue la main la plus rare du Texas Hol'dem, la plus mythique du poker, le nirvana ultime que tout joueur savoure à sa juste valeur tellement le phénomène est peu fréquent. La main qui ne laisse personne indifférent et fait parler aux tables. Cerise sur le gâteau, lorsque cette quinte flush royale s'obtient avec ses deux cartes privative dès le flop, et que par ailleurs le joueur adverse vient s'empaler dessus sans qu'il y ait besoin de faire autre chose que de payer la mise adverse, alors cette quinte flush royale floppée est encore plus jouissive, devenant un pur moment de grâce. Chaque seconde de ce moment est alors aussi exquise que précieuse.

Miam !
Si au printemps, ma quinte flush royale m'avait rapporté plus de cinq cent euros de prime, il n'en est rien de celle que je viens d'obtenir il y a quelques jours de cela en GoFast (la formule de speed poker de Winamax). Lorsque l'on joue au speed poker, le nombre de mains par heure se multiplie, rendant un tout petit peu moins improbable la survenance d'une quinte flush royale. Il n'en demeure pas moins que le phénomène demeure dans tous les cas rarissime. Cette fois-ci, ma quinte flush royale ne m'aura rapporté que des clopinettes, mais à l'image du désert fleuri dans l'Atacama, dieu que cet éphémère et inattendu spectacle spectacle fût beau lorsque mon adversaire choisit de s'empaler héroïquement dessus !

C'est dans des moments pareils que je mesure à quel point mon degré de plaisir cartes en main ne se mesure pas à l'aune de mes gains financiers, mais bien à celle de la beauté futile de ce jeu, sublimée par les émotions pures que procure parfois le poker. La preuve : une petite quinte flush royale aura suffi à embellir une soirée anodine de poker sans autre relief que celui-ci. Et peu importe que cela ne m'ait rapporté au final qu'un minuscule petit euro. Ce qui relève de l'anodin n'est pas dépourvu de valeur symbolique pour autant. 

Il a neigé dans le désert de l'Atacama et avoir le privilège de contempler un désert fleuri suffit actuellement à procurer du bonheur à des dizaines de milliers de touristes particulièrement chanceux. J'ai floppé ma quinte flush royale et ai eu le privilège d'assister éberlué à la livraison par mon adversaire de l'intégralité de son stack sur ce coup.  Récolter des clopinettes avec le sourire a donc malgré tout du bon. Un bonheur ludique à l'état brut ! Et je sais que cela impactera positivement mon moral pour les sessions à venir. Ce qui est loin d'être négligeable.








samedi 26 août 2017

Partie de cartes (par David Teniers le jeune).

La trêve estivale touche à sa fin, et voici venu le moment de reprendre en douceur les petites habitudes de jeu rituelles. J'ai délaissé le poker durant l'été. Mais cela ne veut pas dire pour autant que les cartes m'ont laissé totalement tranquille : j'ai en effet découvert avec amusement qu'il y a accroché sur le mur du salon de notre maison de vacances un tableau représentant une scène opposant deux joueurs de cartes élégamment vêtus, assis autour d'une table de taverne du XVIIe siècle, sous le regard passionné de trois individus qui semblent scruter l'affrontement avec beaucoup d'attention, tandis qu'en second plan deux autres personnages devisent autour de l'âtre de la cheminée. Les trois spectateurs sont situés du même côté de la table et semblent avoir pris fait et cause pour le joueur de droite, qui n'a pas enlevé son couvre-chef à la table.

Cette scène explique pourquoi ce tableau m'a successivement intrigué, puis quelque peu subjugué, au point qu'un sourire émerveillé en vienne à illuminer mon visage : ayant pris l'habitude de jouer en live avec mon propre chapeau, je me suis aussitôt imaginé dans la peau de ce joueur. Et j'ai esquissé un sourire amusé. Etant de nature curieuse et quelque peu éberlué par l'apparition subite dans mon champs de vision de cette oeuvre d'art que jamais mon cerveau n'avait pris soin de contempler pleinement jusqu'alors, je décidai de la photographier dans un premier temps, en attendant d'en savoir un peu plus sur les origines de cette toile à mon retour de vacances.

Voici le cliché :
Une oeuvre non répertoriée de David Teniers Le Jeune
D'où peut donc provenir cette toile signée "D. TENIERS" dont le vernis commence à être quelque peu marqué par l'usure du temps en ses extrémités ? Quelle personne de la famille l'a acquis ? Depuis combien de temps ? Est-ce un original ou une reproduction ? Mystère... Après une rapide consultation de Google, il semble acquis qu'il s'agisse d'un tableau du peintre flamand David Teniers Le Jeune (1610-1690). Je n'ai guère de doutes pour ce qui est d'avoir reconnu son coup de pinceau caractéristique, d'autant que le bougre adorait peindre des scènes de tavernes. Mais je n'ai pas trouvé trace de ce tableau-ci dans les diverses galeries d'images que j'ai pu consulter sur internet à l'occasion de mon rapide survol de la toile (dans les deux sens du terme). Si d'aventure quelqu'un en lisant cet article est en mesure d'apporter quelque information complémentaire relative à cette toile, qu'il se sente libre de laisser ici un commentaire constructif.

Toujours est-il que cela fait plusieurs années qu'il est là, ce tableau ; anodine décoration d'une maisonnée hermétique aux subtilités du monde de l'art. Et jamais mes yeux de profane ne s'étaient attardés sur cette partie de cartes d'une autre époque jusqu'à cet été-ci. Cette négligence coupable est à présent à demi-réparée. Comme quoi, que l'on soit ou non féru de cartes et/ou d'art, il n'est jamais trop tard pour ouvrir les yeux.

lundi 14 août 2017

Déconnexion estivale ?

Ah, les vacances estivales ! Ses grasses matinées. Son soleil. Ses plages et ses piscines. Ses barbecues avec cette odeur tenace de viande grillée et de fumée qui accapare nos narines. Bien souvent, on a d'ailleurs l'impression que des millions de français ne vivent que pour ça : profiter de leurs vacances afin de s'émouvoir dès la rentrée venue sur les bronzages respectifs des uns et des autres. Superficialité quand tu nous tiens !

Mais pour les fanas des écrans, les vacances estivales c'est aussi le charme des parenthèses enchantées loin des boulets du monde numérique que l'on traîne péniblement avec soi au quotidien : mails, comptes-rendus, plannings, news et autres. Preuve que le sujet n'est pas à prendre à la légère, le législateur a même cru bon d'intervenir, en imposant depuis janvier 2017 un droit à la déconnexion afin que les salariés du tertiaire ne demeurent pas esclaves de leurs ordinateurs portables, tablettes et autres téléphones le temps de leurs congés chichement gagnés sur le champs de bataille de la mondialisation. Alléluia ! Vive la productivité à la française. Mais qu'en est-il du bonheur ?

Toutes proportions gardées, la problématique est globalement la même avec le poker en ligne : les vacances estivales sont l'occasion pour le joueur de faire une pause revigorante, brisant la routine du quotidien et restaurant naturellement les barrières mentales, mises à mal au cours de l'année écoulée par la variance et rongées par l'acidité de l'adrénaline du jeu. La donne a toutefois tendance à changer. Car, désormais, vacances ou pas, la tentation du numérique est présente à chaque instant. Même pour le joueur de poker nomade hors de ses frontières, la possibilité de demeurer connecté est bel et bien là. J'ai pu constater cet été à quel point il était désormais aisé de ne pas couper le cordon pour quelqu'un désireux de maintenir un accès continu à internet, quand bien même on choisisse de passer ses vacances en dehors de l'hexagone. Et la tendance n'est pas prête à s'inverser  : désormais, tant qu'il y a du jus, internet est à portée de clic. Ordinateurs portables, tablettes numériques, smartphones, batteries de secours, le poker nomade est plus que jamais facilité par la pléthore d'accès wi-fi disponibles parfois jusque dans des endroits reculés. Et quand il n'y a pas de wi-fi, il suffit de compléter avec son propre abonnement internet, sachant que les frais liés au roaming ont été supprimés au sein des pays de l'Union Européenne il y a quelques semaines à peine : les frais occasionnés par une connexion internet sont désormais proches de zéro.

Tout devient désormais possible pour le joueur de poker nomade aguerri comme pour le joueur récréatif désireux de combattre l'ennui cartes en main : les connexions sont omniprésentes et les diverses plateformes de poker en ligne déclinent bien évidemment toutes leur offre en format mobile depuis belle lurette. Quand bien même ça ne soit pas advenu pendant ses vacances, Guillaume Diaz - le joueur sponsorisé par Winamax - remportait ainsi en avril dernier un important tournoi en ligne (un peu plus de 73 000 euros) dans l'avion qui l'emmenait de Macao à Zurich. Grâce au wi-fi embarqué. Un authentique exploit rendu possible par le développement tentaculaire des réseaux et par les avancées technologiques considérables de ces dernières années.

Au delà de l'anecdote, est-ce pour autant un exemple à suivre ? La révolution numérique en cours est quelque chose de merveilleux pour l'humanité, à n'en pas douter. Mais il faut savoir rester vigilant afin que ce qui constitue de prime abord un vecteur de liberté ne se convertisse sournoisement en une invisible servitude. D'autant que dans le cas spécifique du poker, ce jeu est comme chacun sait susceptible de générer une pernicieuse addiction susceptible de se renforcer davantage en raison de l'accès facilité à l'internet mobile. Plus dur sera le sevrage...

Je surfe, tu surfes, il surfe, nous surfons, vous surfez, ils surfent...
Pour ma part, je n'ai (quasiment) pas joué au poker au cours du mois de juillet. La tentation était pourtant là, tapie dans l'ombre, sournoisement nourrie par mon obligation (morale) de participer à un championnat par équipes hebdomadaire de longue haleine le mardi soir. Mais j'ai résisté à la tentation d'en faire plus. Car j'estime que mon bien-être passe par cette phase salutaire de déconnexion estivale. A un moment donné, je me suis retrouvé assis sur une plage de sable fin, face à la mer. Et il y avait le wi-fi accessible gratuitement. J'ai brièvement consulté mes mails, les news habituelles, Twitter et Cie ; à deux reprises, j'ai même lancé un mini-jeu sur mon smartphone, histoire de passer le temps autrement qu'en rôtissant oisivement au soleil. Mais, globalement, j'ai résisté à la tentation en rangeant vite le smartphone, là encore. D'autant qu'entre les grains de sable traitreusement portés par le vent, l'air chargé d'iode et les rayons inquisiteurs du soleil, je me suis vite rendu compte que les plages ne sont pas faites pour surfer sur internet. Sauf nécessité impérieuse, la déconnexion estivale, ça devrait être quelque chose de sacré. Il en va de notre santé mentale et de notre équilibre.






lundi 17 juillet 2017

La cuisine du Club Poker Radio : the place to be !

Ce jeudi 29 juin avait lieu la dernière émission de la saison pour le Club Poker Radio. Ayant été invité en début de saison par Webmaster Laurent, le boss du Club Poker, j'avais bien évidemment autorisation de revenir assister à l'émission, mais cette fois en tant que simple spectateur. Sachant que je venais  quelques jours auparavant de remporter un tournoi spécial estampillé Club Poker sur le site en ligne de PokerStars, j'avais droit à un magnum de champagne en guise de dotation bonus, et je me suis donc aussitôt proposé de venir boire cet exquis breuvage en compagnie de l'équipe de choc du Club Poker, dans les locaux du Club Poker Radio. Quel merveilleux prétexte. Et puis les bonnes choses sont faites pour être partagées avec celles et ceux qui en valent la peine. Les gens intéressants, dans le milieu du poker, il n'y en a pas tant que ça. Las ! L'absence du brillantissime SuperCaddy, rédacteur de choc de l'équipe et véritable pilier en acier inoxydable du site internet ClubPoker de par la qualité et l'abondance de ses articles poker à la qualité inégalée, a reporté mes velléités de champagne partagé en bonne compagnie. Et une fois l'émission finie, je suis rentré à la maison avec ma bouteille sous le bras, me promettant de retenter ma chance en début de saison prochaine, lorsque le trio de choc Webmaster-Webdesigner-SuperCaddy sera de nouveau au complet.

minuit dans les studios du Club Poker Radio
Il n'en demeure pas moins que j'ai pu assister en direct à la dernière émission de la saison, avec deux invités intéressants, spécialisés dans les formats courts à deux ou trois joueurs : "Expressos", "Spin and go", "Heads Up turbo". Le poker, c'est comme l'athlétisme, en somme. Bien que regroupées sous une seule appellation, il existe pas mal de disciplines radicalement différentes ; un spécialiste de sprint n'a rien à voir au niveau de sa morphologie et de son endurance avec un lanceur de javelot ou un coureur de 3.000 mètres steeple. Il en va de même au poker avec un spécialiste de cash game, de tournoi (MTT), ou de mini sit and go. Or donc, il existe un segment dédié à ce troisième type de formats. Peu prisé des joueurs professionnels, mais manifestement rentable pour qui sait en appréhender les subtilités. Une émission très intéressante à écouter, au regard du coup de projecteur sur cette discipline à part du poker.

Autre particularité notable de cette dernière émission de l'année : la foule était nombreuse, malgré l'étroitesse des locaux, bon nombre de joueurs parmi les posteurs les appréciés des forums du Club Poker avaient décidé de répondre présent. Pendant l'enregistrement de l'émission, la majeure partie d'entre eux durent migrer vers la cuisine afin de poursuivre leurs discussions endiablées, un verre à la main, sans (trop) perturber le cours normal des interviews. Pour ma part, j'ai fait preuve de sagesse et de sobriété, mais certains n'ont pas hésité à éprouver leur endurance à l'alcool. Comment autant de monde a pu disserter autant de temps dans aussi peu d'espace ? Mystère. Dans le Landerneau du poker hexagonal, la cuisine du Club Poker Radio était vraiment the place to be, en ce jeudi 29 juin, encore plus que d'accoutumée. Pas sûr qu'elle ait été bien confortable pour tous au regard de son exigüité. Mais dieu qu'elle fut conviviale si l'on se réfère aux cris de joie et autres gloussements qui en sortirent tout le long de la soirée ! Quant à moi, peu familiarisé avec cette foule d'invités, je choisis donc de faire preuve d'une sobriété sans faille. Mais j'ai quand même passé un bon moment en privilégiant le studio par rapport à cette satanée cuisine. Et je comprends mieux sa réputation sulfureuse, désormais.

Note pour le lecteur féru de poker : si à 50 ans tu n'as pas mis au moins les pieds une fois dans la cuisine du Club Poker Radio, c'est que tu as loupé ta carrière de joueur.

jeudi 6 juillet 2017

Le soleil de juin

Le soleil a bel et bien brillé pour moi en juin !
Nous sommes en juillet et la trêve estivale pointe enfin le bout de son nez. Sur le plan poker, mon premier semestre 2017 s'achève sur un bilan plus que mitigé. Mais le mois de juin aura contribué à amoindrir ma frustration passagère liée à un manque chronique de réussite depuis janvier. En effet, je viens de boucler un mois de juin très encourageant, avec enfin un bénéfice à quatre chiffres ! Il était vraiment temps de m'extraire de la morosité, car la variance avait commencé à entamer quelque peu mon moral. Le soleil de juin m'a fait du bien, c'est un fait. Mais pas au point de me rendre pleinement heureux pour autant, car j'aurais pu faire bien mieux si je n'avais pas raté de peu ma cible lors de deux ou trois tournois particulièrement importants. Au poker plus qu'ailleurs, la frontière entre succès retentissant et médiocrité des résultats est extrêmement mince. On passe ainsi d'un cycle à l'autre sans y être préparé, sans même un quelconque signe avant-coureur.

Une chose est certaine, le Omaha constitue mon domaine de prédilection, celui où mon aisance technique par rapport à mes adversaires me procure un avantage substantiel, presque palpable, dans des proportions largement supérieures au Texas Hold'em. Quant aux autres variantes auxquelles je m'adonne occasionnellement, rien de bien croustillant à se mettre sous la dent. Du moins pour le moment (et il faut dire que le marché des variantes est particulièrement étroit pour le moment).

J'avais énoncé en début d'année ma volonté de prôner la "solution offensive" dans mon approche de mes tournois, une méthodologie axée sur une prise de risques supérieure par rapport aux années passées. Mais j'ai trébuché dès le départ et réduit quelque peu la voilure, et c'est comme ça qu'un semestre s'est écoulé sans la moindre performance retentissante de ma part. Inhabituel. Mais pas d'affolement. C'est aussi, ça, la variance : des périodes fastes à vivre le sourire aux lèvres, et des périodes de disette à endurer en silence, les dents serrés. Disons que juin m'aura permis de desserrer les dents.

L'année n'est pas finie et je saurai mettre les bouchées double prochainement, histoire de retrouver une dynamique positive et un vrai sourire de champion en herbe. D'autant que le marché du poker hexagonal en ligne est sur le point d'ouvrir un nouveau chapitre de son histoire, puisqu'un décloisonnement semble poindre pour octobre : français, espagnols, italiens et portugais devraient pouvoir batailler les uns contre les autres sous peu. Du changement en perspective, donc. Et aussi de nouveaux noms d'oiseau sur les chats de discussion, sans doute...
 



jeudi 29 juin 2017

Frais deal

Si je n'avais pas une morale aussi élevée, j'aurais certainement été un commercial de grand talent. Fredyl vendeur de cheminées. Ou de voitures de sport. Avec des commissions aussi juteuses que peu méritées, dans le fond. Ma profonde indifférence vis-à-vis de l'argent et mon sens inné de la justice m'ont toutefois vacciné contre ce type de virus fondé sur le matérialisme pur et dur.

Impossible néanmoins d'oublier ce séminaire dans le Morvan auquel j'eus la chance de participer lors de mon ultime année d'études. Notre directeur, homme pragmatique, avait cru bon de booster le capital négociation de ses étudiants, en faisant appel à deux intervenants de choc spécialisés dans des mises en situation et autres jeux de négociation et d'improvisation : trois ou quatre jours durant, mes camarades de promotion et moi partîmes ainsi nous isoler, afin que nous soient dévoilées les arcanes de la négociation. Grand amateur de jeux de rôle, fin stratège, plein d'empathie et calculant de façon intuitive à grande vitesse le champ des possibles, je me montrai particulièrement à mon avantage lors de ce séminaire. Au point de marquer les esprits de mes camarades de promotion et des intervenants. Ce fut pour moi un jeu d'enfant. Dans tous les sens du terme. Mais je me suis promis de ne pas abuser de ce talent de négociateur-né dans la vraie vie. Car il devient presque systématiquement vecteur d'injustice. Tirer la couverture à soi, c'est consentir cyniquement à la pneumonie d'autrui. Et j'ai du mal à le supporter, car j'aime mon prochain autant que moi-même.

Venons-en maintenant au poker. L'échelle des gains des tournois (hors satellites) est bâtie de façon exponentielle, afin d'appâter le chaland. De la sorte, le vainqueur final empoche à lui seul une part substantielle de la dotation (environ 15 à 20% de la cagnotte totale récoltée par les inscriptions). On se dit que l'être humain est bien facile à berner : quand bien même il n'y ait qu'un seul gagnant au final, le montant promis au gagnant est tape à l'oeil à l'extrême, et accentue l'envie de participer. Ceci explique d'ailleurs en partie pourquoi le poker de tournoi est un jeu de frustration permanente. Le dotation alléchante promise au vainqueur entretient à merveille ce jeu de dupes !

Quoi qu'il en soit, pour que la frustration d'une place d'honneur ressentie sur le plan ludique ne soit pas systématiquement couplée avec la frustration financière que génère l'écart de gains entre les premiers, et afin de lutter contre des paliers aux allures de paroi trop lisse pour les ultimes survivants, les casinos ainsi que les plateformes de poker en ligne permettent le plus souvent de négocier les montants répartis entre les derniers joueurs en lice, afin de faire en sorte d'atténuer quelque peu la variance, et notamment d'amoindrir la frustration d'un hypothétique bad beat. On négocie, donc. Dans le jargon du poker, on appelle ça un deal, tout comme dans le milieu des affaires.

Beaucoup de choses ayant été dites depuis des années sur les forums par des professionnels du monde du poker sur le deal des montants, je vais éviter d'entrer dans les détails mathématiques trop techniques et quelque peu rébarbatifs (edge supposé, répartition des gains selon la notion d'ICM ou bien au prorata des jetons, etc.) et me contenter de livrer ici quelques observations empiriques issues de mes expériences propres. Le poker est un jeu ; dès lors, négocier à son avantage n'est pas vraiment truander (quand bien même cela génère un impact sur le plan financier) : ça fait pleinement partie du jeu ! Puisque je sais que parfois les deals en live réservent des surprises de taille, je songe au jour où ceci pourrait m'arriver pour des montants substantiels. Après tout, remporter des tournois live d'envergure, ça figure au programme de ma conquête du poker. Alors autant être à l'aise dans toutes les disciplines du poker, y compris dans celle, relativement peu fréquente, de la négociation.

A bien y réfléchir, partant du postulat que je suis techniquement plus doué que mes adversaires, je devrais accepter de dealer bien moins souvent que la moyenne lorsque arrive l'occasion de négocier mes fins de tournoi avec un crayon et une calculette plutôt qu'avec les cartes en main. Mais depuis quelques mois, curieux de tester par moi même les vices et vertus des deals négociés en fin de tournoi, j'ai tendance à m'inscrire bien davantage que par le passé sur des tournois en ligne dont le nombre de participants est modeste, ce qui a pour conséquence que je peux ainsi maximiser mes chances de me retrouver en table finale, prêt à négocier la répartition des gains. Dès que l'occasion se présente, j'exprime donc de façon récurrente ma volonté de parvenir à un deal. Ces tests - s'agissant de petits deals le plus souvent simplistes - me permettent ainsi de peaufiner ma connaissance et ma maîtrise de cet aspect bien particulier du poker, afin de mieux définir ma marge de manoeuvre potentielle. Il y a pas mal de ressorts psychologiques à appréhender, en dehors des considérations purement mathématiques. De ce fait, mon apprentissage par l'expérimentation est loin d'être superflu.

Sachant qu'en ligne celui habilité à proposer les montants est celui qui est provisoirement leader du tournoi (sauf sur PokerStars où c'est un modérateur qui intervient), mes tests en matière de deal sont particulièrement intéressants lorsque je suis aux manettes et que je peux ainsi essayer de gratter quelques euros dans la négociation, l'air de rien, afin de déterminer le taux d'acceptation implicite des parties adverses dans des circonstances données (à 2, à 3 ou à 4 joueurs, le tout en fonction du profil et des motivations de chacun). Pour le moment, je maintiens ce rythme consistant à accepter de négocier fréquemment, même si  je prévois à terme de stopper ce petit exercice de style. Voilà donc un bon moyen de travailler à moindres frais mes gammes dans une discipline, la négociation, qui pourrait s'avérer importante un jour futur en live. A condition bien entendu que le Dieu du Poker soit d'accord avec mes projets !



samedi 24 juin 2017

Mes images simples du bonheur : hommage posthume à Véronique Robert


A mes yeux, le mot liberté n'est pas un vain mot, car il se trouve que je suis un être humain qui cultive sa propre liberté bien davantage que la moyenne. Ceci m'a causé pas mal d'ennuis, dans la vie. Mais cela m'a aussi procuré quelques moments de bonheur pur. Mon profond goût pour la liberté explique d'ailleurs en partie pourquoi je me suis autant senti subjugué par le poker dès l'instant où je me suis réellement intéressé à ce jeu. Car le poker constitue un formidable vecteur de liberté, puisque tout est virtuellement possible lorsqu'on démarre une session de jeu, que ce soit lors d'une partie en ligne ou en live. C'est ainsi que contre toute attente, si l'on devait me demander quelles images mon cerveau a choisi pour illustrer au mieux ma définition du bonheur authentique et sans artifices, outre les souvenirs intimes liés à la famille, je repense spontanément à ce chien errant qui m'a adopté le temps de mon de séjour à La Serena au Chili il y a quelques années, mais je me remémore aussi le sourire radieux de la journaliste suisse Véronique Robert lors de mon premier tournoi live payant de poker, au Cercle Clichy Montmartre de Paris il y a trois ans. Ces deux souvenirs-là, pourtant anodins, font partie des plus précieux que je possède. Pour rien au monde je ne souhaiterais les oublier.


A La Serena, petite ville tranquille du Chili fréquentée par bon nombre de baroudeurs et autres backpackers occidentaux, j'ai fait la connaissance à mon hôtel de Fiona, une charmante blondinette anglaise, avec laquelle j'ai arpenté la ville deux jours durant, du matin au soir, flanqué d'un chien errant qui avait décidé de nous adopter le temps de notre passage, sans que l'on sache bien pourquoi. Ce chien nous a suivis partout. Lorsque nous nous arrêtions pour nous restaurer, il s'arrêtait sagement devant l'établissement. Idem lorsque nous pénétrions dans une boutique. Nous l'avons nourri et abreuvé le plus naturellement du monde, dans une sorte de symbiose, sans que jamais il ne joue la carte de l'apitoiement. Plus incroyable encore : il a dormi deux nuits de suite devant le porche de notre hôtel, attendant à chaque fois patiemment notre sortie, sans se départir de sa fidélité, au point de nous escorter jusqu'au terminal de bus lorsque Fiona et moi repartîmes vers d'autres horizons. Je repense encore au dernier regard empli de nostalgie - voire de détresse - que nous avons échangé par la vitre de l'autocar au moment du départ, sachant que ce chien errant venait de me procurer la veille un souvenir magique et inoubliable, une image authentique de ce que j'appelle le bonheur.
Le phare de La Serena, Chili

La veille, alors que nous nous promenions en marchant sur le sable, les pieds déchaussés, le long de la plage aux abords du phare de La Serena, ce chien facétieux s'était littéralement rué contre les vagues afin de se rafraichir, alternant courses endiablées derrière les mouettes et promptes baignades dans les rouleaux. Sans oublier de malgré tout suivre notre cadence, à Fiona et à moi, épousant notre rythme au fur et à mesure de notre progression le long de la plage et se secouant dès que possible, projetant contre nous des gouttes d'eau salées dans un maelstrom humide empli de joie, de chaos et d'insouciance. Humant alors la brise iodée et contemplant ce chien pourchassant les mouettes à nos côtés par pur plaisir, j'ai parfaitement souvenir de m'être dit que le moment que je vivais là, avec Fiona à ma gauche et ce chien espiègle à ma droite, correspondait parfaitement à ma définition de ce qu'est le bonheur. Un moment simple, une tranche de vie dont la beauté se suffit à elle-même. Ce jour-là, j'ai ressenti la liberté pour ce qu'elle est vraiment : un pur moment de bonheur vagabond. Un fabuleux trésor pour mon âme. Un souvenir aussi futile qu'inoubliable.



Une image simple du bonheur
Véronique Robert, reporter de guerre, était probablement elle aussi une femme profondément éprise de liberté. Il n'y a qu'à observer le parcours qui fut le sien pour s'en convaincre. Pour exercer un métier tel que le sien, dans les endroits les plus dangereux du globe, sans se départir ni de sa bonne humeur, ni de sa féminité, ni de son professionnalisme reconnu de tous, il fallait bien qu'elle fût femme d'exception, carburant à l'adrénaline. Véronique Robert était une authentique fan de poker, bien connue des cercles de jeux parisiens. Pas forcément la plus douée. Mais assurément l'une des plus passionnées par ce jeu. Lorsque je me suis qualifié pour mon premier tournoi live payant, la finale du Winamax Poker Tour au Cercle Clichy Montmartre, j'ai eu la chance d'avoir Véronique Robert à ma table. Je ne la connaissais pas. Mais elle m'a profondément marqué, au point de laisser à jamais gravé dans mon esprit une authentique image du bonheur. Non pas parce qu'elle était la seule femme de la table. Non pas pour son collier scintillant, ses bagues aux reflets chatoyants, son look soigné lui conférant un style impeccable et une blancheur de colombe. J'ai perdu un énorme pot contre elle qui m'a lourdement handicapé pour la suite du tournoi... j'ai pesté contre elle, certes, mais je ne lui en ai pas voulu le moins du monde. Si cette personne m'a profondément marqué, c'est tout simplement parce qu'il émanait d'elle une immense bonté : elle était heureuse d'être là, assise à une table de poker entourée d'inconnus, véritable colombe immaculée parmi les rapaces, faucons et vrais cons, présents à la table. Et tandis que la nuit était déjà bien avancée, nos regards se sont longuement croisés à un moment : elle a alors choisi cet instant anodin pour m'offrir le plus chaleureux sourire qu'une femme m'ait jamais fait de toute ma vie. Et quand j'emploie le mot offrir, je mesure pleinement le sens de ce mot. A ce moment précis, j'ai compris qu'elle m'offrait un échantillon gratuit de bonheur. Et je lui en suis éternellement reconnaissant. Car le bonheur via le poker, c'est aussi ça : le partage d'instants de vie anodins, sans prétention ni barrière sociale, avec comme seule véritable monnaie d'échange la complicité et la bienveillance de regards échangés dans le cadre d'un simple jeu.

Le simple fait d'évoquer ce souvenir merveilleux laissé par Véronique Robert, qui constitue pour moi la parfaite image du bonheur futile et magique tout à la fois là encore, suffit à embrumer mes yeux pour la dixième fois aujourd'hui, sinon plus. Et à l'instant où je rédige ces lignes, des larmes coulent silencieusement le long de mes joues. Car Véronique Robert a succombé à ses blessures ce samedi 24 juin 2017, après avoir été grièvement blessée par l'explosion d'une mine à Mossoul en début de semaine, alors qu'elle tournait un reportage pour Envoyé Spécial le magazine d'information de France 2. Je veux que tous ceux qui aiment le poker et qui lisent ces lignes sachent que cette femme restera à jamais au panthéon de mes plus beaux souvenirs. Car elle a su m'irradier de bonheur, d'un simple sourire un soir, autour d'une table de poker.


Les plus belles image du bonheur sont souvent parmi les plus improbables ou les plus anodines. Puisse l'âme de Véronique Robert reposer en paix. Elle fut un phare contre l'obscurantisme en tant que journaliste. Mais elle fut aussi lumineuse en tant que joueuse passionnée de poker. Sa lumière subsistera en moi au travers de cet incroyable sourire.




mercredi 21 juin 2017

5 minutes douche comprise : joue-la comme Chirac ! (online)

En ces temps de canicule, on a envie de se rafraîchir dès que possible, aussi je voudrais sortir des sentiers battus et évoquer aujourd'hui avec malice une petite histoire de douche mêlant à la fois poker, hygiène, politique et pouvoir.

Les blogs consacrés au poker ont plutôt tendance à se ressembler : l'originalité y est rarement de mise. Ca y parle essentiellement de technique - parfois jusqu'à l'écoeurement - le tout enrobé dans des écrits rarement dépourvus de lacunes orthographiques ou syntaxiques, ce qui rend l'ensemble assez rebutant pour ceux qui n'en maitrisent pas les arcanes. Bref, dès mes débuts en 2013, j'eus tôt fait de délaisser les blogs poker écrits par les autres pour me consacrer au mien. Je l'ai créé il y a un peu plus de quatre ans désormais, dans le but d'accompagner de façon ludique et originale ma découverte, ma progression et ma conquête planifiée de cet étrange univers fait de cartes et de jetons qu'est le poker. L'idée principale était qu'un profane doit pouvoir lire mon blog poker sans être aussitôt rebuté par le jargon ultra anglicisé et les tartines techniques réservées à l'élite de la discipline. Parfois j'en viens à me demander si je respecte toujours cette ligne directrice initiale. J'essaye en tous les cas de ne pas trop m'en écarter. C'est pourquoi j'ai ici envie de faire montre de davantage d'originalité que d'accoutumée dans mon approche de ce jeu. Quelques uns des joueurs passionnés se reconnaîtront peut-être d'ailleurs en lisant ces lignes...

2017 aura été l'occasion pour les français de renouveler leur Président de la République. Mais il n'y a pas si longtemps, de 1995 à 2007, la France eut pour président Jacques Chirac. Un président haut en couleurs avec ses vices et ses vertus. A posteriori, une fois sa carrière politique derrière lui l'entourage de Jacques Chirac - incluant son épouse et son ancien chauffeur - n'ont pas hésité à lui dresser une réputation de véritable Casanova de la politique, qui au summum de sa forme, enchaînait les conquêtes avec fougue et célérité. C'est ainsi que l'homme devint légende. De son vivant.
Chirac, l'homonyme de shark ?

3 minutes pour con-vaincre
On doit ainsi à Bernadette Chirac dans un entretien-confidence avec le journaliste Patrick de Carolis la citation célèbre selon laquelle avec son volage de mari, "les filles, ça galopait ; je les connais toutes". Peu avare en confidences lui aussi, son ex-chauffeur Jean-Claude Laumond dévoile dans le livre "25 ans avec lui" quelques perles dont l'une des plus fameuses restera : "Chirac a eu, jusqu'à l'écoeurement, les militantes du parti, les secrétaires de l'organisation, toutes celles avec lesquelles il passait cinq minutes affairées au sixième étage du 123 rue de Lille, redescendant l'oeil vif et les chaussettes tirebouchonnées.(...) Une plaisanterie courait parmi le personnel féminin de la rue de Lille : "Chirac ? Trois minutes, douche comprise !" Rien d'étonnant, après tout. Lorsqu'on est un homme de pouvoir charismatique débordant de responsabilités avec un emploi du temps surchargé, on a tôt fait de subjuguer la gent féminine. Mais le temps est précieux. Surtout celui réservé au coït extra-conjugal.

Revenons à présent à la sphère du poker, car cette anecdote racontée sous forme de boutade ne saurait être 100% futile. Bien au contraire. Pour en avoir ressenti à moult reprises les bienfaits, je suis à présent persuadé que la prise d'une douche expresse lors des pauses des tournois peut avoir des vertus salutaires sur le plan mental. Un excellent moyen à la fois de stopper d'éventuelles velléités de tilt tout en rationalisant son temps de vie disponible. Tout joueur de poker passionné et investi dans son approche de ce jeu sait que tout comme en politique, le temps libre constitue une denrée rare et précieuse. Quelle que soit la plateforme de poker en ligne sur laquelle on joue, les cinq dernières minutes de chaque heure pleine de session de poker de tournoi sont consacrées à la pause. Cinq minutes de pause par heure, donc. Et pas une de plus. Histoire de soulager les yeux, l'esprit ou bien encore la vessie. Cinq minutes pour faire bouillir un thé, grignoter un morceau, répondre à un e-mail, passer un rapide coup de fil, que sais-je encore ? Cinq minutes de battement toutes les heures, ça permet de faire pas mal de choses.

Mais lorsqu'on ambitionne de prendre une douche pendant ladite pause des tournois de poker (surtout à la pause critique de 20h55 alors que l'on est encore inscrit sur pléthore de tables différentes), eh bien chaque seconde compte ! Car 5 minutes, ce ne sont que 300 secondes et lorsque je veux me doucher lors de telles pauses il me faut alors être capable de quitter promptement mon siège, me rendre dans la salle de bain, me dévêtir à vitesse grand V tel un irradié radioactif, pénétrer dans la douche, faire couler l'eau du pommeau, attendre qu'elle soit à la bonne température pour que le jet entre en contact avec la peau, savonner harmonieusement l'ensemble du corps, le rincer, choper une serviette, m'essuyer prestement, remettre la main sur un vêtement propre et m'assoir en sentant bon de partout. Le tout en limitant d'éventuelles gouttes d'eau qui dégoulinent sous les pieds. C'est donc une opération délicate dès lors qu'on entende la mener à bien dans le laps de temps imparti.

300 secondes chrono
Prendre une douche à la pause des tournois constitue une gageure, puisqu'il faut savoir faire preuve de timing, histoire de revenir aux tables avant l'obtention du statut "absent" et de se faire voler ses blindes. Mais le jeu en vaut probablement la chandelle. Car je trouve à cette pratique davantage de bienfaits que d'inconvénients. A commencer par le fait de pouvoir retrouver de l'aplomb et de la lucidité avant les batailles décisives et les coups charnière de fin de soirée. Je ne saurais dire combien de joueurs ont l'audace (ou la folie) de consacrer une partie de leurs pauses horaires à la douche expresse en 5 minutes telle que je la pratique. Mais plus j'y songe et plus je me dis que ces pauses bienfaitrices au poker méritent bel et bien selon moi le label "facteur de réussite au poker". Il ne se passe quasiment pas une semaine sans que j'y aie recours. Testé et approuvé par Fredyl.


Si tu veux réussir au poker, joue-la comme Chirac. Cinq minutes, douche comprise.